Résistant

« Il parlait des arbres roulés par le vent, dont on peut extraire le cœur comme un crayon ; il critiquait l’administration de la fo-
rêt : les lignes de coupe mal entretenues, des prématurés qui mangeaient leurs voisins, et auraient dû être abattus… » Montherlant, Les Célibataires, 1934.

Cachés, sur son grand terrain. Cachés, parmi quelques pins dont les branches toujours dansent, portées par le Marin et autres vents du coin. En ces temps de restrictions, il nous ouvrit le chemin du Pradalas qui signifie « le pré » en langue d’oc. Un terrain acheté il y a dix-sept ans pour y accueillir ses chevaux d’alors, jusqu’ici et en partie usité par la municipalité pour décharge verte. La flore de garrigue porte en elle un souvenir que véhicule des fleurs de cimetière restées intactes malgré le temps.

Rencontre épique avec Bruno. Résistant solitaire et amoureux du vert, venu sur Terre pour être au service des arbres qu’il aime et qu’il soigne. Des nazis à la dictature des supermarchés, en passant par l’ONF et Bob Marley, Bruno nous partage quelques fruits d’une arborescences de filiation en phase d’opposition.

Bienvenue chez Lui, bienvenue chez Nous, dans une interview grisée de vigne et de pluie. Il hésite à refermer la porte du camion. Il préfère s’asseoir à terre pour partager, lors d’une soirée, un présent atemporel dans son pré audois.

En cette période marquant le début d’un confinement sociétal, certains ont préservé leurs ouvertures grâce à un esprit libre, générateur d’autonomie et de créativité partagées. Nous vous avons offert à entendre Bruno, soignant du Végétal dans son langage brut et son élagage tranchant des scènes de la vie lors d’une escale en son terrain de dissident, au Pradalas de Villeneuve-Minervois.